XXXXXXXXXXCette phrase sonne comme le dernier son de cors sur le champ d'une bataille vaine ! Pourquoi ai-je l'impression que rien de bon ne va sortir de ce voyage aux urgences ? Comme si je n'allais jamais revenir...
Lena : on dirait que je n'ai pas trop le choix !
XXXXXXXXXXJe n'ai vraiment pas envie de mettre un doigt de pied à l'hôpital ! Je dois y aller bien assez souvent pour mes propres problèmes, alors pour ceux des autres c'est un comble ! Et ce qui m'énerve surtout, c'est que je n'ai absolument pas la possibilité d'y échapper, puisque tous mes camarades se sont débinés ! Aux dernières nouvelles, Alex n'était pas mon ami, contrairement à eux ! Il manquerait plus qu'on aille dans l'hôpital où je suis suivie !
Alex : tu peux au moins faire semblant d'être contente d'être mon infirmière attitrée !
XXXXXXXXXXUn peu trop difficile pour moi là ... mais faisons un effort
Lena : je vais essayer.
XXXXXXXXXXDans l'ambulance, Alex n'arrête pas de fixer. Il scrute mon visage, interrogateur. Je ne dois pas réussir à feindre un enthousiasme débordant !
Alex : tu veux bien arrêter de tirer la tête ! C'est moi qu'on emmène à l'hosto' ! Et avec la chance que j'ai, je vais surement me faire opérer ! Alors essaie au moins d'adopter un visage compatissant, ça m'aiderai beaucoup !
XXXXXXXXXXIl parait que les personnes qui vivent leur propre drame sont plus compatissantes ! Mais désolée, si une partie de moi le plaint, l'autre ne peut s'empêcher de l'envier. Une épaule, c'est juste une épaule... Alors que moi, je souffre de bien plus grave que cela ! D'ailleurs, ça me fait penser qu'avec tout ce cirque enclenché par Sacha, je n'ai pas prit mes médicaments ce matin. J'ai vécu sans avant le diagnostic, ça ne va pas me tuer un oubli ! Sauf que mes maux de têtes vont réapparaitre... espérons qu'ils ne vont pas se transformer en migraine.
Alex : tu pourrais au moins avoir l'amabilité de me répondre !
Lena : hum...
Alex : bon, je peux savoir ce qu'il se passe ?
Lena : rien !
Alex : on ne dirait pas !
Lena : tu te trompes
Alex : vu ton air renfrogner, et ton attitude bougonne, je doute fort que je me trompe !
XXXXXXXXXXMais pourquoi a-t-il cette fichue capacité de détecter mes sentiments ? Est-il doué pour ça, ou c'est moi qui ne suis pas talentueuse dans l'art de camoufler mes humeurs ? Je sais bien qu'il n'a pas été dupe tout à l'heure ! Il a bien comprit, malgré mon déni que j'étais attiré par lui ! Son petit jeu n'a fait que confirmer ses suppositions... Vu le trouble qu'il a provoqué en moi, il fallait être idiot pour ne pas s'en rendre compte. Cependant je doute qu'il ait une idée de l'ampleur gigantesque de cette attirance. Il ne sait pas toute la volonté que j'ai du employer pour ne pas répondre aux douces caresses de ses lèvres sur les miennes ! J'ai même tenté de mettre fin à ce baiser à sens unique, mais je n'ai pas trouvé la force de le faire. Mon cerveau ordonnait, mais mes muscles refusaient tous mouvements susceptibles de me détacher de ce doux contact charnel. Le pire dans cette histoire, c'est que j'étais aussi troublée que lui était impassible. Ça avait l'air de l'amuser, ce fichu joueur, de voir l'état dans lequel il m'a plongé !
Alex : je suppose que je n'en saurais pas plus ! Mais je compte sur toi pour me tenir la main quand ils vont charcuter ma précieuse articulation !
Lena : hum
Alex : je vais prendre ça pour un oui.
XXXXXXXXXXA l'arrivée aux urgences, qui sont bien évidement celles de l'hôpital dans lequel je fais mes examens –pourquoi, en serait-il autrement ?- , les pompiers installent Alex sur un brancard, dans une salle d'attente improvisée, ou une dizaine de personne attendent plus ou moins patiemment d'être auscultées. S'en suit alors de longues heures à espérer que chaque médecin qui franchit la porte de la pièce sera celui qui viendra chercher Alex, pour s'occuper enfin de son problème. Assise sur une chaise non loin de mon colocataire, je n'ai pas décroché un mot depuis le trajet en ambulance, et rumine dans mon coin en priant que les céphalées qui investissent progressivement mon front cessent de s'accentuer. Alex me lance des regards de temps en temps. Au début c'était plutôt des coups d'½il questionneurs, maintenant c'est plutôt de l'exaspération qui transparait de ses iris vertes parsemées d'éclat dorés.
Alex : Lena, viens voir !
XXXXXXXXXXJe l'interroge du regard
Alex : je voudrais que tu me rendes un service.
XXXXXXXXXXJe me lève et viens me poster devant lui.
Alex : tu veux bien sortir mon portefeuille de ma poche je n'y arrive pas.
XXXXXXXXXXJe plonge la main dans sa poche, et touche un petit objet en cuir. Je le sors, et lui tends. Je veux me rassoir à ma place initiale, mais Alex, me demande d'attendre. Il fouille difficilement dans son porte monnaie avec une main et me tend un billet de dix dollars.
Alex : tiens, c'est pour toi. Prend le métro ou appelle un taxi... fais comme tu veux, mais rentres. Que tu sois là ou non, ça ne change pas grand-chose ! Je préfère largement être seul, que de voir à quel point être ici te rend boudeuse.
XXXXXXXXXXSans mots dire, je prends le billet, le remet dans le portefeuille avant de le glisser dans sa poche. Je crois qu'à partir de maintenant, je vais devoir être un peu moins égoïste !
Lena : désolée pour mon humeur massacrante... J'ai...
Alex : d'autres problèmes ?
Lena : d'autres préoccupations !
Alex : je sais que je n'ai pas toujours été d'une grande gentillesse...
Lena : c'est le moins que l'on puisse dire !
XXXXXXXXXXIl me sourit gentiment. Ce type est schizophrène ! Comment peut-il être à la fois deux personnes ? Un illustre connard et un ange ?
Alex : mais je peux parfois me montrer plus amical... Alors je voulais te dire que si tu avais besoin de te confier à moi, mon oreille est attentive. Et je suis capable de rester muet comme une tombe !
Lena : merci pour cette gentille proposition, mais je n'ai rien à confesser !
Alex : d'accord... mais sache que si tu veux partager ce « rien » avec moi, je serais là !
XXXXXXXXXXOu est donc passé le Alex imbu de sa personne ?
Lena : je garde ça dans un coin de ma tête.
Alex : j'espère bien ...
XXXXXXXXXXPourquoi voudrai-je de lui qu'il me confie ses secrets alors que moi je ne daigne même pas lui donner une parcelle des miens ? Je devrai arrêter de tenter de le comprendre ... Je n'ai pas le droit de connaître ce qu'il enfouit au plus profond de lui !
Lena : tu veux bien me parler de Sacha ? Que je me prépare à ce qui m'attend !
XXXXXXXXXXEt hop, je change de sujet ni vue, ni connue !
Alex : c'est bien un truc de filles de changer de sujet !
XXXXXXXXXXVue et connue en fait ...
Lena : la discussion était close non ?
Alex : pas vraiment ! C'est toi qui as décidé d'y mettre fin !
Lena : pour moi elle était terminée en tout cas !
Alex : et maintenant tu veux que je te parle de l'encombrant frère de Max ?
Lena : tout à fait !
Alex : et bien, je crois avoir pas mal résumé tout à l'heure ! Tu veux savoir quoi exactement ?
Lena : des anecdotes, que je me représente le personnage !
XXXXXXXXXXEt surtout que tu me fasses penser à autre chose, qu'à cette fichue migraine qui s'installe dans ma tête. A se rythme là, je vais bientôt avoir des nausées, et ne plus supporter la lumière et le bruit.
Alex : l'année dernière, Josh nous a invités à une soirée de charité huppée organisé par l'un des amis de son père. Bien évidemment Sacha a décidé que si son petit frère y allait, il ne voyait pas pourquoi lui ne serait pas aussi de la partie. Josh est resté poli, mais il était hors de lui ! Malheureusement Max ne pouvait rien faire... Josh l'avait trainé avec une fausse carte d'identité au casino, et il avait perdu plus que de raison au black jack. Son compte bancaire était dans le rouge et Sacha le savait. Impossible pour Max de témoigner son mécontentement sans avoir un retour de flamme violent de la part son frère. Alors on a tous mis notre poing dans la poche et nous n'avons pas bronché. Au moment de s'habiller pour la soirée, Sacha a refusé catégoriquement de mettre un costume. Il avait enfilé un vieux jean troué et un T-shirt qui semblait avoir servit de chiffon, ce n'était même pas décent de sortir affublé de la sorte dans les rues. On devait manger dans l'un des restaurants les plus classes de New-York. Sa tenue n'était vraiment pas de bon gout pour ce genre d'événement, mais encore une fois nous n'avons rien dit, de peur qu'il dénonce son frère à ses parents. A la soirée, il est resté sage un moment, mais le champagne et le vin l'ont très vite rendu excité et exubérant. Impossible de le calmer ! Et ça a vraiment dérapé quand prit d'une folie sortie de je ne sais où, il a déversé le whisky de 100 ans d'âge dans l'aquarium du restaurant, tuant ainsi tous les poissons exotiques rares qu'il abritait.
XXXXXXXXXXRetiens-toi de rire ma petite !
Lena : j'imagine que vous n'avez pas beaucoup rit !
Alex : détrompe-toi ! Il faut avouer que c'était drôle, mais dans le contexte ce n'était pas approprié ! On s'est fait éjecter à cause de lui... Et Josh est banni de tous les repas de charité organisés par ses paires !
Lena : ça lui fait faire des économies d'argent !
Alex : dans un sens oui, mais d'un autre coté, ce genre de soirée permet de voir et rencontrer des gens influents, et dans le monde de Josh c'est important les relations.
Lena : je suppose que Josh a une dent contre lui maintenant !
Alex : oui et plutôt virulente ! Il ne l'a pas encore montré, mais je pense que si Sacha pousse le bouchon trop loin il risque d'exploser !
Lena : il vaudrait mieux qu'il sorte de ses gonds avant que Sacha n'ai réussit à trouver quelque chose pour faire chanter son frère !
Alex : ou quelqu'un d'autre !
Lena : il ne s'attaque pas qu'à son frère ?
Alex : malheureusement non ! Tous les moyens sont bons pour obtenir ce qu'il souhaite ! Et en plus je crois qu'il éprouve un malin plaisir à tenter de percer à jours les secrets des autres !
XXXXXXXXXXTrès rassurant tout ça ! Il va falloir que je sois discrète avec ma maladie ! Je n'ai pas envi que Sacha utilise mon anévrisme pour me forcer à le laisser garder un pied dans la colocation !
Lena : j'ai l'impression qu'il va très vite me sortir par les trous de nez !
Alex : et tu as bien raison de penser ça ! Je te donne moins d'une semaine avant de saturer !
Lena : tu me sous estimes ! Tu es une vraie calamité et j'ai réussi à te supporter plus d'une semaine !
Alex : une calamité ?
Lena : j'ai dit calamité ? Désolée, je voulais dire emmerdeur !
Alex : penses ce que tu veux, tu vas rapidement te rendre compte que Sacha est pire que moi !
Lena : j'arriverai peut être à la conclusion qu'il est ton égal ! J'imagine difficilement que l'on puisse faire pire que toi !
Alex : tu dis ça parce que tu ne le connais pas encore, et que pour le moment tu te bases sur son physique avantageux pour émettre un jugement à son égard !
XXXXXXXXXXUn physique avantageux certes, et son allure négligée ne lui donne que plus de charme, mais je doute qu'Alex ai quelque chose à lui envier ! Et puis, quand j'ai vu Sacha il n'y a pas eut la petite étincelle comme celle qui s'allume en moi quand je suis à proximité de mon colocataire !
Lena : c'est tout à fait ça, je suis obnubilée par son corps d'athlète et son visage craquant !
Alex : dommage que ce si beau pedigree soit gâché par un caractère des plus exécrables !
XXXXXXXXXXJ'ai bien l'impression qu'il est jaloux mon colocataire !
[Lena : « caractère exécrable » c'est toi ! D'après ce que tu me dis, Sacha est plutôt du genre « attitude inacceptable » !
Alex : d'après toi avoir un caractère exécrable est pire que d'avoir une attitude inacceptable ? Ou alors c'est les atouts physiques des personnes qui sont porteuses de ses défauts qui font la différence ?
Lena : les deux, voyons !
Alex : alors je n'ai rien pour moi dans cette histoire !
XXXXXXXXXXVoilà que monsieur égoïste persiste à faire le pessimiste ! Et en plus je fais des rîmes !
Lena : mais où est donc passé ta fichue vanité ? D'habitude tu roules plus les mécaniques que ça !
Alex : c'est parce que tu as bousillé mon estime de moi tout à l'heure en me disant que je ne t'attirais pas !
XXXXXXXXXXPourquoi remet-il ça sur le tapis ? Il sait très bien, que je ne disais pas la vérité et surtout que je ne la dirai jamais !
Lena : tu attends donc de moi que je te complimente et que je te place au dessus de Sacha, pour que tu puisses retrouver l'estime que tu as perdue ?
Alex : ça coule de source, mais il serait plus juste de dire : l'estime que tu m'as volée!
Lena : et tu t'attends vraiment à ce que je le fasse ?
Alex : à mon humble avis, vu mon état de faiblesse actuel...
XXXXXXXXXXIl montre son épaule avec son menton
Alex : ... j'ose espérer avoir le droit à un peu de réconfort ! Des compliments sur mon physique feront très bien l'affaire, même si ce ne sont que des mensonges !
Lena : moi qui croyais que tu détestais les mensonges !
Alex : je te pardonne de t'être trompée !
Lena : tu devrais plutôt te pardonner de te parjurer !
Alex : je me pardonne très bien ! Bizarrement quand c'est moi qui fais des erreurs, je suis beaucoup plus enclin au pardon !
XXXXXXXXXXC'est affreux de faire un duel verbal avec lui, surtout quand un fichu mal de tête m'empêche d'être totalement lucide. Alex n'abandonne jamais, et même quand je crois l'avoir coincé il rebondit inestrémis ! Mais je n'ai pas dit mon dernier mot !
Lena : tu es tellement charitable avec toi-même ! C'est touchant !
Alex : je sais, je sais ! Beaucoup rêve d'avoir l'emprise que j'ai sur moi-même !
XXXXXXXXXXEt hop il est tombé dans le panneau !
Lena : alors je suppose que tu es capable de t'envoyer toi-même des fleurs sur ton physique ! Un homme qui a une si bonne emprise sur lui-même n'a pas besoin que je le complimente pour rehausser son estime de lui, il se suffit bien amplement à lui seul !
XXXXXXXXXXDans les dents ! Qu'est-ce que tu réponds à ça ?
Alex : s'il est des choses que l'ont peux effectuer seuls, malheureusement certaines nécessitent le recours aux autres êtres humains, bien que je suppose que l'amour d'un animal puisse être suffisant dans la plupart des cas !
XXXXXXXXXXRaaa, il m'énerve ! Il ne veut pas perdre pour une fois ?
Lena : c'est vraiment gentil d'abaisser ton espèce au niveau des animaux !
Alex : l'âme de certaines personnes ne vaut même pas le centième de celle du plus médiocre des animaux.
XXXXXXXXXXSon ton est grave. Cet échange vient de quitter brusquement le registre de la plaisanterie pour s'orienter vers un versant plus sérieux.
Lena : pourquoi dis-tu cela ?
Alex : pour rien...
XXXXXXXXXXJe doute qu'il n'y ait vraiment « rien » derrière cette affirmation, mais il a fait l'effort de ne pas me harceler tout à l'heure pour connaître mon « rien », je dois lui offrir la même chose.
Lena : d'accord...
XXXXXXXXXXIl détourne la tête, et fixe le mur à coté de lui. La discussion est terminée, je suppose. Je vais aller me rassoir dans mon coin et fermer les yeux pour empêcher la lumière de créer un feu ardent dans mon cerveau, mais avant, il faut que je lui montre que je suis là pour lui. Là, pour sa douleur corporelle mais également là pour ses blessures internes. Je l'ai bien comprit, il a une plaie béante qui ne s'est jamais refermée. Peut être même s'infecte-t-elle encore plus chaque jour ? Aujourd'hui, j'ai comprit quelque chose sur moi, j'ai la prétention de devenir celle qui cicatrisera cette souffrance. Je sais que je n'arriverai pas à l'effacer, une blessure ne guérie jamais totalement, il reste toujours des cicatrices, mais j'ose espérer être en mesure de l'atténuer. Pour lui.
XXXXXXXXXXJe pose ma main sur la sienne, et serre doucement sa paume entre mes doigts moyen de lui témoigner mon soutien. Sans mot dire, il tourne son poignet et emmêle ses doigts au miens. Trop surprise par ce geste je ne suis laissé faire. Il ne me regarde pas et continue à scruter le mur d'un blanc étincelant face à lui. Quand à moi je contemple nos mains liées, et je sens une plénitude m'envahir soudainement. Pour la première fois depuis longtemps j'ai la sensation d'être à ma place dans l'univers, comme si tout ce qui m'était arrivé dernièrement, avait été programmé pour que je vive ce moment. D'un coup, tout s'efface, l'hôpital, ma migraine, la souffrance, la douleur, les blessures, le sang, la vie, la mort. Il ne reste plus que lui et moi. Deux âmes meurtries, qui s'épanouissent que l'une avec l'autre. Deux âmes incomplètes qui s'emboitent parfaitement pour n'en former qu'une, plus forte, plus solide, plus belle, plus vivante. En cet instant, je sais que ma vie sera indéniablement liée à la sienne.
XXXXXXXXXXUn frisson parcourt son corps. A-t-il ressentit lui aussi, ce lien qui vient de se créer malgré nous ? Il sert plus fort sa main autour de la mienne comme s'il voulait témoigner de ce qu'il se passe au fond de lui. Je caresse de mon pouce la base de son poignet, et il tourne la tête vers moi, pour planter ses yeux dans les miens. L'intensité de son regard me coupe le souffle. C'est comme si deux lueurs incandescentes brillaient au fond de ses pupilles. Le bruit de la porte qui s'ouvre nous sort de notre catatonie, nous ramenant violement à la réalité. La douleur dans ma tête réapparait instantanément, plus vive que précédemment, me terrassant presque de souffrance. Je sers les dents, pour ne rien lui montrer. Gênée je baisse les yeux, et retire rapidement ma main de la sienne. L'instant magique vient d'être brisé, et mes certitudes s'envolent avec. Il n'y a définitivement aucune connexion entre Alex et moi. Lui joue, et moi ... Et moi qu'est-ce que je fais ? Je n'en sais trop rien, mais je me rends compte je le l'ai laissé s'infiltrer en moi trop profondément, là où il n'y a aucuns chemins de retour, là où peu de monde ont réussit à arriver... Juste Jacob et Mandy.
??? : Lena !
XXXXXXXXXXJe me retourne brusquement et découvre avec frayeur mon médecin. Non non non ! Ça ne pouvait pas plus mal tomber ! Pourvu qu'il se taise, pourvu qu'il ne me trahisse pas, pourvu qu'il disparaisse !
Lena : bonjour
XXXXXXXXXXMa voix est glaciale, et je lui fais les yeux ronds... Au diable la politesse ! Je me bats pour la survit de mon secret !
Médecin : on m'a appelé pour une urgence, et en vous voyant ici j'ai cru une fraction de seconde que c'était vous qui étiez concernée, mais heureusement je me suis fourvoyé.
XXXXXXXXXXLe boulet ! Il ne pouvait pas se taire ? Je sens le regard d'Alex me bruler la nuque, avide de comprendre pourquoi un médecin a pu croire que j'ai besoin d'être traitée en urgence.
Médecin : quelqu'un s'occupe de votre ami ?
Lena : mon colocataire ... Non personne pour le moment.
XXXXXXXXXXJe lui signifie bien qu'Alex n'est pas mon ami, il va s'en doute comprendre qu'il n'est pas au courant de ma pathologie.
Médecin : je vois...
XXXXXXXXXXTant mieux !
Médecin : je ne viens pas beaucoup aux urgences, je n'ai donc pas une grande influence ici, mais j'espère pourvoir accélérer le processus de traitement de votre ... colocataire.
XXXXXXXXXXIl essaie de racheter sa boulette... ça ne changera rien, le mal est fait. Mais s'il peut raccourcir le temps que je passe ici, je signe toute suite.
Lena : merci !
Médecin : c'est la moindre des choses !
XXXXXXXXXXÇa s'est sure !
Médecin : à bientôt Lena.
XXXXXXXXXXIl se retourne, et part à la recherche de son urgence. Et moi, je reste planter là, tournant le dos à Alex, pour éviter toutes questions. Un raclement de gorge m'indique cependant que je ne peux y échapper. En soupirant je fais face à mon colocataire, et décide de noyer le poisson.
Alex : un neurologue ?
Lena : un neurologue.
Alex : un neurologue ?
Lena : un neurologue.
Alex : un neurologue ?
XXXXXXXXXXJe suppose que si je réponds « un neurologue » on en a pour toute la nuit... alors je vais faire une petite variante.
Lena : quoi un neurologue ?
Alex : pourquoi un neurologue croyait que tu pouvais avoir un problème de santé ?
XXXXXXXXXXMais comment sait-il que c'est un neurologue d'abord ?
Lena : comment tu sais que c'est ...
Alex : ... un neurologue ?
XXXXXXXXXXVa-t-il le répéter encore une fois ?
Lena : oui ...
Alex : tu sais que les médecins ont une étiquette sur leur blouse qui indique leur statut ?
Lena : je n'ai pas fait attention.
XXXXXXXXXXJe détourne le regard, peut être ne va-t-il pas insister ...
Alex : tu ne m'as pas répondu !
XXXXXXXXXXÇa aurait été trop beau pour être vrai !
Lena : c'est juste un médecin que je connais vaguement... il a surement cru que j'avais fait jouer notre relation pour qu'il intervienne.
Alex : comment l'as-tu connu ?
Lena : c'est compliqué...
Alex : c'est toujours compliqué avec toi...
Lena : c'est une de mes caractéristiques !
Alex : ou c'est plutôt un moyen d'évincer les choses dont tu n'as pas envi de parler ?
Lena : peut-être ... mais qu'est-ce que ça peut te faire hein ? Toi non plus tu ne me dis pas tout ! Et je m'abstiens de te harceler pour savoir !
XXXXXXXXXXC'est méchant de dire cela après ce qu'il s'est passé ce matin... Il m'a chuchoté qu'il me dirait tout sur lui un jour... Alors que moi, je ne lui dirais jamais rien ... Jamais !
Alex : tu as raison, je n'ai aucuns droits de te demander quoi que ce soit...mais j'avais pensé que... tu... que... nous... euh...
Lena : que quoi ?
Alex : rien, laisse tomber !
Lena : non vas-y, dis moi ce qui te trotte dans la tête !
Alex : tu m'as réduit au rôle de colocataire tout à l'heure... Mais ne sommes-nous pas plus que cela ? Nous sommes des amis non ?
XXXXXXXXXXUne seconde j'ai eut peur qu'il me fasse une déclaration ... Mais à quoi je pensais ? Lui une déclaration ? N'importe quoi !
Lena : je n'en sais rien...
XXXXXXXXXXCe qui est vrai ...
Lena : je n'ai pas vraiment d'amis en fait.
XXXXXXXXXXCe qui est moins vrai ...
Alex : et Josh, ce n'est pas ton ami ?
XXXXXXXXXXMalheureusement il a raison... J'aurai aimé qu'il ne soit jamais mon ami ! Mais j'ai été faible, très faible... Je devais laisser entrer personne dans ma vie. J'avais fait le plus dur, évincer Mandy et Jacob, mais je me suis dégonflée comme une poule mouillée. J'ai fermé la porte à mes anciens compagnons, mais j'en ai ouvert une autre pour tout ce petit monde New-Yorkais. Quel genre de personne suis-je, pour laisser des gens s'attacher à moi, alors que je vais les quitter ? Juste une personne égoïste. Quitte à être égoïste, je devrais l'être jusqu'au bout et ranger mes états d'âmes. De quoi ai-je envie ces derniers temps ? Je dirais sans hésiter, que j'ai envi de coucher avec mon fichu colocataire ! Et pourquoi ne le ferais-je pas ? Rien ne m'en empêche finalement ! Je voulais juste préserver ma réputation. Mais qu'est-ce qu'on en a à faire de notre réputation lorsque l'on est mort ? Rien du tout ! Alors je devrai surement profiter de la vie pendant qu'il en est encore temps. Et puis, ce n'est pas comme si je me servais d'Alex... Il veut vivre sans attache, et enchainer les conquêtes. Que ça soit moi ou une autre qu'est-ce que ça changerai pour lui ? Rien, on ne n'aurait chacun ce que l'on souhaite. Lui, un coup d'une journée et moi je pourrais enfin assouvir mon fantasme. Ce scénario satisferait tout le monde.
Alex : Lena ?
XXXXXXXXXXJe sors de ma réflexion, et contemple son visage parfait et si désirable. La douceur que j'aperçois dans ses yeux, brise instantanément, tout mon raisonnement précédent. Mais de qui je me moque ? L'attirance que j'ai pour lui est au-delà de la simple envie de posséder son corps quelques instants... Je dois arrêter de me voiler la face, et enfin m'avouer qu'il y a autre chose ! Pourquoi ai-je envi qu'il soit heureux ? Pourquoi ai-je envi qu'enfin il m'avoue son secret pour qu'il recommence à vivre ? Pourquoi, même quand il m'exaspère, j'ai tout de même envi de rire ? Pourquoi ai-je l'irrémédiable envie de le toucher à chaque fois que je suis prés de lui ? Pourquoi ai-je l'impression que mon destin est lié au sien ? Parce que je crois bien que ... Non ! NON NON NON ! Pas ça !
Alex : ouh ouh Lena ! Arrête de réfléchir, ton cerveau fume !
XXXXXXXXXXNon, pas ça ! Je n'ai rien demandé de tel ! Je ne voulais pas que ça arrive ... Je ne voulais pas !
Alex : si tu continues tu vas prendre feu !
XXXXXXXXXXPas de doutes possibles, je suis amoureuse de lui ...
Lena : et merde !
Alex : rassure-toi c'était une blague ... Je doute que tu sois prise de combustion instantanée !
XXXXXXXXXXMais qu'est-ce qu'il raconte ?
Lena : hein ?
Alex : tu ne m'écoutais pas, hein ?
XXXXXXXXXXNon j'étais bien trop occupé à me demander, comment j'ai bien pu tomber amoureuse de toi ! Cette expression m'a toujours fait rire ... Tomber amoureux, c'est ridicule ! Mais là je dois avouer qu'elle est de circonstance ! C'est tout à fait ça, je viens de faire la chute la plus vertigineuse qu'il soit ! Et je n'avais vraiment pas besoin de ça !
Alex : et tu ne m'écoutes toujours pas !
Lena : pardon ?
Alex : c'est bien ce que je disais !
Lena : désolée, je viens d'avoir une révélation des plus... inattendue !
Alex : ça devait être assez surprenant pour que tu bloques comme ça pendant quelques minutes !
Lena : je ne te le fais pas dire !
Alex : tu viens de comprendre que ton désir le plus cher est de chevaucher mon corps d'apollon ? Je ne vois que ça pour te mettre dans un état pareil !
XXXXXXXXXXNon, ça je le savais avant, et c'est une idée qui vient de prendre le chemin des oubliettes ! Jamais je ne supporterai, de l'avoir juste une nuit ... Je le veux pour toutes les nuits de mon existence... Mais ce souhait ne prendra jamais vie, pour deux raisons. Premièrement, jamais au grand jamais, Alex sera l'homme d'une seule femme. J'ai bien comprit que sa séparation -inexpliquée- avec Cassy avait sonné la fin de ses relations de plus de six heures. Et deuxièmement, il m'est totalement interdit d'avoir des rapports plus qu'amicaux avec une personne ! Qui voudrait s'offrir mourante à un homme ? Ça serait tellement égoïste et mesquin de faire cela ! En plus, je n'ai pas quitté Jacob pour me jeter dans les bras du premier venu, même si celui-ci n'a vraiment pas l'intention de m'ouvrir ses bras !
Lena : si ce n'était que ça ...
Alex : tu veux dire qu'il y a ça, plus autre chose ? Je le savais que tu désirais ardemment me posséder tout entier !
XXXXXXXXXXPourquoi même en plaisantant, il arrive à toucher la vérité ?
Lena : ni ça, ni autre chose se rapportant à toi !
XXXXXXXXXXJe soutiens son regard. Ce n'est pas le moment de lui montrer qu'il a raison ! Et j'ai bien l'impression que je ne m'en sors pas si mal pour une fois... Mes joues ne me semblent pas rouges, mes traits sont déterminés, je ne fronce pas les sourcils, je n'ai pas la bouche pincée... Mon visage reflète la vérité pure.
Alex : alors quoi ? Attend, laisse-moi deviner ... RIEN !
Lena : tu devrais t'orienter vers une carrière de voyant, tu as vraiment des dons extra-lucides extraordinaires !
XXXXXXXXXXUne lueur joueuse illumine son regard.
Alex : quand comprendras-tu enfin que je suis extraordinaire ?
XXXXXXXXXXIl me fait un sourire enjôleur et totalement désarmant, que je reste quelques secondes sans pourvoir parler. J'inspire un grand coup avant pour me ressaisir.
Lena : j'attends toujours que tu me le montres ! Mais je n'ai vraiment pas beaucoup d'espoir !
Alex : tu devrais en avoir ... Je suis extraordinaire, et je vais te le prouver, même si cela doit prendre une éternité !
XXXXXXXXXXL'éternité ne sera nécessaire... Je sais que tu es extraordinaire. Du moins à mes yeux ! Et je ne sais toujours pas pourquoi, ils en ont décidé ainsi ! Je n'ai jamais apprécié les types comme lui. Il est le contraire de Jacob... Arrogant, égoïste, blessant, joueur, méprisant, profiteur, sans gène... Et j'aime ça ! Je crois bien que mon anévrisme a endommagé quelques cases dans mon cerveau !
Lena : et tu comptes, me montrer ça comment ? En traversant un feu pour me montrer que tu es invincible ?
XXXXXXXXXXA nouveau, il sourit. Il veut me tuer avec ses sourires craquants ? Mon c½ur fait des bonds à chaque fois !
Alex : mais non, je vais faire mieux que ça !
Lena : mieux que l'invincibilité ?
Alex : beaucoup mieux !
Lena : c'est-à-dire ?
Alex : alors là, c'est à toi de le découvrir !
XXXXXXXXXXJe me demande bien ce qu'il mijote ! Franchement, ça me fait un peu peur ! Il est capable du meilleur comme du pire...
Alex : prépare-toi à être surprise !
XXXXXXXXXXIl va choisir le pire !
Lena : rassure-moi, tu ne comptes pas faire quelque chose d'insensé, qui te mettrait en danger ? Parce que l'enjeu n'en vaut pas la peine !
Alex : et bien je ne te rassure pas alors !
Lena : que vas-tu faire ?
Alex : chut ! Tais-toi ! J'ai besoin de réfléchir à un plan d'action !
Lena : mais je ...
Alex : chut !
XXXXXXXXXXRaaaaaa, il m'énerve !
Lena : puisque c'est comme ça je boude !
Alex : tant mieux, ça me fera des vacances et du silence pour réfléchir calmement !
XXXXXXXXXXGrrrrr ! Je vais l'étriper ! Je m'approche de lui, prête à le frapper.
Alex : si tu fais ça, je dirai au médecin qui viendra me soigner, si y'en a un qui vient un jour, que c'est toi qui m'a déboité l'épaule en me violentant !
Lena : et comment tu prouveras cela ? Tu as vu mon gabarit par rapport au tien ?
Alex : il y a des témoins dans la salle d'attente ! Ils t'auront vu me frapper, et j'aurais gain de cause !
Lena : je tente quand même le coup !
XXXXXXXXXXJe ne vais quand même pas me laisser marcher sur les pieds !
Alex : et bien tente !
XXXXXXXXXXJ'arme mon bras, pour lui asséner une petite tape sur la tête, mais il m'attrape le poignet avant que ma paume n'éteigne son front. Sa peau sur la mienne est brulante. Des picotements, m'envahissent le bras pour se propager vers mon c½ur qui recommence à battre de façon insensé. C'est tellement violent que s'en est presque insupportable. Je me détache vivement de lui.
Lena : c'est bon tu as gagné ! Je te laisse en compagnie de la solitude et de son ami le silence !
Alex : c'est très gentil à toi de capituler !
Lena : je ne capitule pas vraiment ! Tu me fatigues ! Vu que tu vas pleurer comme une fillette tout à l'heure quand ils te charcuteront le bras, j'ai besoin de régénérer mes forces pour être un soutien hors norme !
Alex : ça se tient ! À part quand tu dis que je suis fatiguant, et que je vais pleurer comme une fillette ! Au final, il ne reste pas grand-chose de véridique !
Lena : ça c'est toi qui le dis !
Alex : j'ose imaginer que je me connais mieux que toi !
Lena : tu sais quoi, on va faire un compromis ! On admet que tu es fatiguant et on réfute le fait que tu puisses pleurer comme une fillette !
Alex : vendu !
Lena : maintenant tu me laisse me reposer un peu ?
Alex : je t'autorise à te retirer !
Lena : trop aimable !
XXXXXXXXXXJe vais me rassoir à la place que j'occupais quelques minutes auparavant. N'étant plus distraite par les imbécillités de mon colocataire, je prends à nouveau conscience de mon mal de tête. Cette douleur lancinante est horrible. Je ferme les yeux, et me masse doucement les tempes, mais rien n'y fait. Il me faut mes hypotenseurs, pour diminuer la pression sanguine de mon cerveau, c'est la seule solution. Je pourrais voir un médecin, mais je ne peux pas prendre le risque qu'Alex découvre ma maladie...
Beaucoup d'entre vous on bavé sur Colin Farrell ! Je tenais à vous dire qu'il était à MOI !
Il est interdit de loucher dessus !