XXXXXXXXXXC'est le carma qui se retourne contre moi. Je ne pouvais pas espérer agir comme un abrutit avec les filles et ne pas en subir les conséquences un jour ! C'est l'arroseur qui est arrosé... Une bonne douche froide. J'ai essayé de faire un trombinoscope mental des filles avec qui j'ai couché ces trois dernières années, impossible de me souvenir de toutes, mais la liste est déjà longue. Si je devais me faire briser le c½ur pour chaque fille dont j'ai profité, je finirais ma vie avec un myocarde en mille morceaux et incapable de battre. Mais qu'importe, je n'aimerai plus jamais de toute façon. Trois coups à la porte, me tire de mes pensées cyclique et permanente. Max entre dans ma chambre –celle de Lena- avec une boite de carottes râpées qu'il me tend avec une fourchette.
Alex : merci, mais je n'ai pas faim...
Max : écoute Alex, tu n'es pas sortit de cette chambre depuis dix jours...
XXXXXXXXXXNeuf jours, une heure et dix-neuf minutes.
Max : à moins que tu sois un ornithorynque, et que tu te serves de ton long museau et ta grande langue pour attraper de la nourriture à la cuisine sans bouger d'ici, je doute que tu ais mangé quoi que ce soit. Alors tu vas me faire le plaisir d'avaler ça !
Alex : tu sais qu'un ornithorynque a un bec ? Et je ne crois pas qu'il ait une grande langue... tu dois surement parler d'un fourmilier !
Max : on s'en fout Alex ! Tu as très bien comprit ce que je voulais dire !
Alex : j'ai comprit mais cela ne change absolument rien au fait que je n'ai pas la moindre once d'appétit !
Max : ne me force pas à te gaver comme une oie ! Je te promets que si tu n'avales rien, je vais te faire ingurgiter le contenu du frigo avec un entonnoir !
XXXXXXXXXXJ'imagine la scène avec dégout.
Max : alors tu les manges ces carottes ?
Alex : j'apprécie tes efforts Max, mais je n'ai vraiment pas envi de manger ces carottes !
Max : dis-moi ce qui serait susceptible de te faire un minimum envi et tes désirs seront des ordres! Même si je dois cuisiner moi-même un canard laqué !
Alex : mais c'est une très bonne idée ça, j'ai toujours rêvé de manger un tadorne laqué ! Ça serait le bon moment pour essayer ! Je suis sure que tu es capable de faire mieux que de le cuisiner ! Tu peux aller acheter un fusil et essayer d'en abattre un à Central Park ! Je suis sure qu'il y en a quelques spécimens qui barbotent dans un des lacs artificiels ! Ça sera une partie de chasse palpitante ! Et pendant que tu y es, passe par le zoo et ramène-moi une cuisse de zèbre et un aileron de requin !
Max : arrête toute suite le cynisme ! J'essaie de t'aider bordel !
Alex : je sais, mais ça fait trente fois que je te dis que je n'ai pas faim, et tu n'as pas l'air de vouloir lâcher prise ! Tu emploies le harcèlement pour me faire craquer, et moi j'utilise le cynisme pour te faire fuir. Chacun sa méthode.
Max : ma méthode était plutôt sympa jusque là ! Mais je te jure que si tu n'as pas mangé la moindre chose d'ici dix minutes, je demande à Sacha de t'ouvrir la bouche, puis je t'enfoncerai dans la gorge des boulettes de steak haché ! Et, je te préviens d'avance, je ne m'arrêterai pas, même si tu t'étouffes avec !
XXXXXXXXXXIl ne plaisante pas. Je n'ai pas d'autre choix que d'accéder à sa demande, mais je vais m'en tirer avec une pirouette.
Alex : très bien.
XXXXXXXXXXJe sors de la chambre pour la première fois en neuf jours, une heure et vingt-et-une minutes. Mes articulations ankylosées par mon immobilité prolongée me font gentiment souffrir à chacun de mes pas. Je me dirige à la cuisine, Max sur mes talons, ouvre le frigo et propulse dans ma bouche un jet de chantilly.
Alex : voilà j'ai mangé.
XXXXXXXXXXMax me fixe consterné et impuissant. Je retourne dans la chambre, claque la porte et la verrouille pour me prémunir des assauts ultérieurs de mon colocataire. Poser les yeux sur le verrou me ramène à son absence. Neuf jours, une heure et vingt-deux minutes. J'ai besoin de la sentir vers moi. Je me glisse entre les draps et enfouit ma tête dans son oreiller. Son odeur me donne l'illusion de sa présence quelques secondes, puis la dure réalité me frappe de plein fouet. Elle s'est barrée et elle ne reviendra jamais ! Max voudrait que je mange, mais je me nourris de désillusion et de haine. C'est ce sentiment d'aversion qui est le moteur de mon écriture. Je crache mon venin sur le papier de mon carnet, puis progressivement je me rends compte que je ne la déteste pas autant que je le croyais. Difficile d'exécrer la personne que l'on aime, même si elle vous a réduit le c½ur en miette.
XXXXXXXXXXLa porte de la chambre s'ouvre violement. Visiblement je n'avais pas bien verrouillé. Sacha entre dans la pièce avec un sourire sadique sur le visage. Il donne toujours l'impression de roder comme un loup à la recherche d'une proie facile à dévorer. L'enfoiré.
Alex : merde !
Sacha : reste poli, tu veux !
Alex : tu voulais peut-être que je dise saperlipopette ?
Sacha : ça aurait été beaucoup plus appréciable !
Alex : qu'est-ce que tu veux ? Tu es syndicalisé comme ton frère à la ligue des emmerdeurs ce matin ?
Sacha : en quelque sorte ! C'est quand que tu sors ton affreuse tête de cette chambre, San Goku ?
Alex : va te faire foutre, sale Wookie !
Sacha : bon tu n'as pas l'air si léthargique que ça ! Max n'arrête pas de répéter que tu es une vieille larve. Ce n'est pas faux, mais je crois entrevoir un certain potentiel sous ton attitude dépressive. Maintenant, tu te lèves, tu mets tes baskets tu cours jusqu'à elle, tu lui dis que tu l'aimes, et tout est bien qui fini bien.
Alex : mais oui c'est ça ! Demain peut-être !
XXXXXXXXXXIl s'approche de moi, et me secoue comme un prunier.
Sacha : c'est fini la procrastination ! Pourquoi repousser au lendemain ce que l'on peut faire toute suite ? Arrête de rester cloitrer dans ton poulailler, poule mouillée ! Et en plus je fais des rimes !
Alex : barre-toi ! Je ne crois pas que les conseils d'un looser qui se prend momentanément pour un poète, me soient d'une grande utilité !
Sacha : d'accord je ne suis pas un model de réussite, mais quelle est ma plus grande qualité ?
Alex : t'incruster chez les gens, et vivre à leur crochet ?
Sacha : je ne voyais pas vraiment ça comme une qualité... mais on va faire comme si. Quel est donc mon deuxième talent ?
Alex : de te mêler de la vie des gens qui ne t'ont rien demandé...
XXXXXXXXXXSi ce n'est pas du grand talent ça...
Sacha : je l'aurais formulé de façon plus positive mais vu ton état lamentable je ne vais pas t'en demander davantage ! Bref... Devine donc ce que j'ai découvert avec mon extraordinaire don de lecture du comportement et des attitudes de mes concitoyens ?
Alex : que j'étais une larve lymphatique ?
Sacha : tu me fais pitié ! Mais non abruti, tout le monde est capable de voir que tu es une loque humaine ! Je te parle de quelque chose de beaucoup moins évident ! Elle t'aime !
XXXXXXXXXXQuoi ?
Alex : pardon ?
Sacha : à moins que tu ais besoin d'un implant cochléaire, je crois que tu as très bien entendu !
Alex : si c'est une technique pour que je sorte d'ici, c'est loupé !
Sacha : mais non ! Tu le fais exprès ou quoi ? Ce n'est ni une supposition, ni un stratagème. Je l'ai découvert, et je l'ai amenée à me le confirmer.
Alex : admettons que ce soit vrai. Toi qui es si bon pour déchiffrer les comportements du genre humain, pourquoi s'est-elle barrée ?
Sacha : deux solutions. Soit elle a eut peur que tu te serves d'elle comme tu l'as fait avec une belle brochette de bombasses.
XXXXXXXXXXNon. Elle sait que je ne suis plus comme ça... Mais il est possible qu'elle ait cru que c'était juste un subterfuge pour l'avoir...
Sacha : soit elle a d'autres problèmes bien plus graves. J'ai senti chez elle le parfum du secret dès que je l'ai rencontrée. J'ai voulu découvrir ce qu'elle cachait, mais elle était bien trop discrète pour me laisser entrevoir quoi que ce soit !
XXXXXXXXXXÇa c'est sure, elle cache quelque chose, mais je ne crois pas que ce soit ça qui l'ai poussé à fuir ! Elle ne m'aime pas c'est tout !
Alex : mouais. Je suis septique...
Sacha : qu'est-ce que tu lui a fais pour qu'elle fuit comme ça ? Tu lui as donné un charmant baiser, et elle a eut peur ? Je suis sure qu'elle n'est pas partit pour rien. Elle t'aime j'en suis persuadé, et elle n'avait pas l'intention de faire quoi que ce soit. Alors tu as provoqué quelque chose en faisant je ne sais trop quoi, et elle est partie à cause de l'une des deux raisons que j'ai évoqué.
XXXXXXXXXXIl est irritant à avoir toujours une certaine part de vérité.
Sacha : alors tu lui as fait quoi ?
Alex : elle a autant fait que moi, je ne pense pas que la faute me revienne !
Sacha : quoi, vous avez couché ensemble ? Tu m'étonnes qu'elle se soit barrée ! Elle s'est dit qu'elle devait se tirer avant que ce soit toi qui le fasses ou alors elle a pensé qu'elle avait une erreur à cause de ce qu'elle cache ardemment !
XXXXXXXXXXToujours pas convaincu !
Alex : ouai...
Sacha : tu ne me crois toujours pas. Je comprends ! Difficile de faire confiance à un type comme moi, je le conçois très bien ! Mais pour fois, crois en moi !
Alex : ne me déçois pas !
Sacha : qu'est-ce que je gagnerais à te raconter n'importe quoi ?
XXXXXXXXXXIl a raison. Je ne vois pas pourquoi il me mentirait.
Sacha : on va essayer de trouver ensemble pourquoi elle est partit. Ok ?
Alex : ok.
Sacha : raconte-moi ce qui s'est passé l'autre nuit.
XXXXXXXXXXJe lui donne rapidement les faits, sans m'attarder sur les détails, et en évinçant quelques éléments...
Sacha : bon, elle n'a pas eu peur que tu l'abandonnes alors...
Alex : non je ne pense pas.
Sacha : ça doit être autre chose...
XXXXXXXXXXIl regarde autour de lui.
Sacha : c'est ses affaires ?
Alex : oui tout est à elle. Elle a prit que quelques trucs avant de partir.
Sacha : pose tous ses machins sur le lit.
XXXXXXXXXXJe lui obéis au doigt et à l'½il, et dépose tout ce que je trouve sur le lit, même ses vêtements. Sacha regarde tous les objets.
Alex : tu arrives à déduire quelque chose de tout ce foutoir ?
Sacha : ouai !
XXXXXXXXXXIl s'empare d'une robe à fleurs et l'agite sous mon nez.
Sacha : je peux te dire qu'elle n'a pas toujours bon gout ! Promets-moi que dès l'officialisation de votre couple tu lui feras jeter cette affreuse robe champêtre !
Alex : imbécile ! T'as rien à déduire de plus intelligent ?
XXXXXXXXXXIl s'attarde un moment sur les photos de Lena. Elle est souvent en compagnie d'une jolie brune et d'un brun à l'allure athlétique, qui, je ne sais pour quelle raison, m'énerve.
Sacha : c'est qui ce gars ?
Alex : je n'en sais rien... Son meilleur ami ou son ex. Elle m'a dit qu'elle s'était séparée de son copain juste avant de venir à NY.
Sacha : c'est son ex. Tu as vu comme il la regarde ?
XXXXXXXXXXOui je vois, et je n'aime pas du tout ce regard !
Sacha : au fait, c'était bien joué le coup du copain imaginaire de Lena... Mais je n'y ai pas vraiment cru !
Alex : tu croyais vraiment qu'on allait te laisser t'incruster si facilement ?
Sacha : bien sur que non ! D'ailleurs, je note que vous m'avez laissé dormir par terre, alors qu'il y avait un joli canapé ici ! Je vois que vous aviez tout prévu pour me faire retourner d'où je viens !
Alex : mais visiblement ça n'a pas marché !
Sacha : à croire que je suis résistant...
Alex : beaucoup trop !
XXXXXXXXXXOn se sourit mutuellement. Je l'aime bien Sacha. C'est un glandeur, mais c'est finalement un chic type. Mais j'y pense, pourquoi a-t-il attendu neuf jours pour venir me parler des sentiments de Lena ?
Alex : enfoiré, pourquoi tu ne m'as pas parlé des sentiments de Lena plus tôt ?
Sacha : mon frangin ne t'a pas dit ? Je suis allé à Chicago pour un entretient d'embauche et j'en ai profité pour aller voir mes vieux. Quand je suis parti je n'étais pas encore au courant de l'histoire. Max m'en a parlé il y a quelques jours au téléphone. J'ai essayé d'appeler Lena pour lui en parler, elle n'a pas daigné décrocher. Je suis seulement revenu ce matin, vous dire au revoir puisque j'ai eut le job... Et je ne peux décemment pas te laisser dans cet état avant de partir... J'ai toujours rêvé d'endosser la cape de Batman pour aider quelqu'un ! Le moment est venu pour moi d'être ton sauveur !
XXXXXXXXXXL'annonce de son départ ne me réjouit pas plus que ça. On finit par s'habituer à lui. Il va même réussir à me manquer ce con !
Alex : c'est marrant... à chaque fois on fait tout pour te foutre à la porte, et à chaque fois, sans exception, j'ai un léger pincement de c½ur à ton départ !
Sacha : je suis un être irremplaçable !
Alex : je n'irai pas jusque là ! Mais je dirais plutôt que tu es un animal de compagnie attachant... Pour un Wookie ...
XXXXXXXXXXMon portable sonne et machinalement je décroche sans regarder. Ce doit être Josh, il m'appelle toutes les trois minutes pour savoir comment je me sens.
Alex : oui Josh je vais bien ... [...] excusez-moi, j'attendais un autre appel... [...] oui c'est bien moi. [...] Bonjour Monsieur Amnel.
XXXXXXXXXXC'est l'inspecteur qui enquête sur la mort d'Anna... J'espère qu'il a retrouvé le conducteur de la voiture. Je sors de la chambre pour que Sacha n'entende pas la suite de la conversation. Je n'ai vraiment pas envi de lui raconter l'histoire.
Alex : [...] il s'est rendu !
XXXXXXXXXXOh putain, enfin une bonne nouvelle !
Alex : [...] oui, bien sur, je peux venir l'identifier ! [...] à l'hôpital ? Pour quelle raison ? [...]
XXXXXXXXXXUne algie vasculaire de la face ? Mais qu'est-ce qu'il raconte ?
Alex : [...] ah, c'est un type de céphalée très douloureuse ! Je ne comprends pas très bien le rapport avec notre affaire... [...] Ce serait donc une « crise » qui lui aurait fait perdre le contrôle de son véhicule ? [...] Vous pensez qu'il dit vrai ? [...] Vous ne pouvez pas me donner d'affirmation tant qu'un médecin n'a pas confirmé sa pathologie... je comprends. [...] D'accord, je vous retrouve dans le hall de l'hôpital dans une heure.
XXXXXXXXXXJe raccroche mon portable, entre dans la chambre et m'habille en vitesse devant un Sacha très interrogateur.
Sacha : tu t'es enfin décidé à aller la voir ?
Alex : pas vraiment... J'ai une urgence. Tu peux continuer à décortiquer les affaires de Lena, et tu m'appelles si tu trouves quelque chose ?
Sacha : euh... oui.
Alex : merci. Je te revaudrai ça ! A toute à l'heure.
XXXXXXXXXXJe sors de l'appartement en quatrième vitesse et court presque jusqu'à la station de métro. L'hôpital n'est pas la porte d'à coté, j'espère arriver à l'heure. Heureusement, un train arrive immédiatement. Je m'assois sur le premier siège que je trouve et réfléchis enfin à ce qu'il va se passer. Migraine pathologique ou pas, si je peux défoncer la gueule de cet assassin je le ferai ! Et aucune armée de policiers ne pourra m'arrêter !
XXXXXXXXXXJ'arrive à l'hôpital avec dix minutes d'avance. Je m'assois sur un des fauteuils pas très loin des ascenseurs et attend patiemment l'arrivé de l'inspecteur Amnel. Un des ascenseurs fait un bruit de motoculteur. Il faudrait me payer très cher pour que je monte dedans. Je m'amuse un moment à imaginer le pire pour les personnes qui montent dans la cabine. La poulie qui se brise... le câble qui lâche... Mais une petite vieille avec cette putain d'aura noire passe devant moi me ramenant à la réalité. Des gens meurent pour de vrai, pas la peine d'imaginer des scénarii tragiques, la vie est déjà bien assez tragique en soi.
XXXXXXXXXXJ'arrête de fixer l'ascenseur bruyant et jette un coup d'½il aux gens dans le hall. J'aperçois quelques brumes sombres autour de certaines personnes de cette marée humaine. Il y a bien longtemps que j'ai comprit que je ne pouvais rien pour elles, alors je laisse couler et ferme les yeux... surtout qu'il n'y a plus Lena pour apaiser mes souffrances. Le souvenir de son absence me submerge à nouveau, à tel point que je crois l'apercevoir au loin, traversant la foule avec un gros sac de voyage. J'aimerai tellement l'avoir à mes cotés en cet instant que mon esprit me joue des tours. La fille que j'ai prise pour ma colocataire se prend les pieds dans son sac et tombe à plat ventre. Sans réfléchir, je me lève promptement pour aller relever la jeune femme. Ce n'est qu'à quelques centimètres d'elle que je remarque une aura très légère autour d'elle. La mort n'arrête jamais de frapper. Je la redresse facilement, et quand elle lève son visage pour me remercier, je suis frappé de plein fouet. Mon esprit ne s'est pas joué de moi... Cette fille est bien Lena... et elle va mourir !
Alex : NON ! Pas toi !
XXXXXXXXXXMa voix parait ne pas m'appartenir. C'est une sorte de cri d'animal en détresse. Et en détresse je le suis. Lena est l'arc-en-ciel dans ma vie pluvieuse et rien que de penser à sa disparition mes entrailles se déchirent. Pourquoi faut-il que tous les gens auxquels je tiens décèdent ?
Lena : désolée... après ce que je t'ai fait, je comprends que tu n'ais pas envi de me voir... le hasard ne fait pas toujours bien les choses !
XXXXXXXXXXTrop obnubilé par la brume grise qui l'entoure je ne réponds rien. Je suis perdu dans ma propre souffrance.
Lena : je peux savoir pourquoi tu me dévisages ? J'ai un bouton de fièvre ?
XXXXXXXXXXElle essaie de détendre l'atmosphère, insouciante de ce qui l'attend.
Lena : je sais que tu n'es pas heureux de me voir... ton visage est assez parlant pour toi. Je ne vais pas te faire l'affront de rester une minute de plus... Je suis désolée pour tout Alex.
XXXXXXXXXXElle s'éloigne. Ne plus l'avoir à proximité de moi, recréer cet immense vide que j'ai ressenti pendant ces neuf derniers jours. Je ne peux pas la perdre. Je ne veux pas la perdre. Je donnerai ma vie pour elle s'il le faut ! Je n'ai pas réussi à sauver les autres, mais aujourd'hui je dois réussir !
Alex : Lena attend !
XXXXXXXXXXElle s'arrête et se tourne vers moi. Je cours jusqu'à elle.
Alex : est-ce que tu as confiance en moi ?
Lena : que veux-tu dire ?
XXXXXXXXXXJe réitère ma question. Elle hésite un moment, et me réponds enfin en un doux murmure.
Lena : plus qu'en n'importe qui...
XXXXXXXXXXElle a opté pour me dire la vérité, car elle sait très bien que je sais détecter ses moindres mensonges.
Alex : alors dis-moi ce que tu caches...
Lena : il y a des choses qu'il ne vaut mieux pas savoir ! Crois-moi... C'est mieux que tu ne saches rien !
Alex : le temps des échappatoires est révolu !
Lena : je ne peux pas ... désolée...
XXXXXXXXXXJ'ai l'impression que tout est lié. L'aura, son secret, sa fuite... Si elle ne peut se résoudre à parler c'est donc moi qui vais le faire.
Alex : alors c'est moi qui vais te parler. Tu as confiance en moi, alors j'ai besoin que tu me crois. Ça va te paraître dingue, mais c'est malheureusement la vérité...
Lena : je t'écoute.
Alex : Je suis capable de voir les gens qui vont mourir...
XXXXXXXXXXElle trésaille.
Lena : comment ça ?
Alex : je vois une aura noire autour des personnes qui vont décéder... Je sais ça parait complètement fou ! J'ai même cru que j'étais névrosé... Mais à force de voir la mort frapper tous ces gens, j'ai commencé à y croire. C'est tellement ridicule de le dire à haute voix, que ça semble absurde.
Lena : pourquoi me dis-tu ça ?
Alex : parce que... parce que...
XXXXXXXXXXLes mots ont du mal à sortir de ma bouche. Comment annoncer la mort à quelqu'un qu'on aime ? Des larmes perlent au coin de mes yeux avant de rouler sur mes joues.
Alex : parce que je vois cette saloperie d'aura autour de toi en ce moment...
XXXXXXXXXXElle ferme les yeux et respire bruyamment. Elle ouvre doucement les paupières et encre ses prunelles bleues dans mon regard larmoyant.
Lena : je te crois...
XXXXXXXXXXElle est étrangement calme. C'est assez déroutant.
Lena : je m'étais préparée à ce moment... Mais je ne pensais pas être si sereine.
XXXXXXXXXXElle savait... c'est donc ça qu'elle me cachait... Tous les éléments qui aurait du me mettre la puce à l'oreille me revienne en tête... Ses problèmes d'argent, sa volonté de ne nouer aucuns liens avec les gens, la rencontre avec le neurologue dans ce même hôpital, sa sobriété, ses céphalées à répétitions...
Lena : je n'ai qu'un seul regret, c'est de ne pas avoir passé plus de temps avec toi. De ne pas avoir pu t'aimer comme je le voulais... Mais ça aurait été trop égoïste de ma part de le faire... Profiter d'un bonheur au détriment du tien... J'ai déjà bien assez dépassé les limites ! Mais mes sentiments pour toi étaient trop forts...
XXXXXXXXXXCet enfoiré de Sacha avait raison... Elle m'aime...
Alex : je ne te laisserai pas mourir !
Lena : c'est trop tard Alex...
Alex : NON ! Je ne te laisserai pas mourir sans me battre !
XXXXXXXXXXElle s'approche de moi et essuie une de mes joues baignée de larme du dos de sa main...
Lena : je ne veux pas me battre pour une cause perdue d'avance... Laisse-moi juste t'aimer et profiter de ta présence pour le temps qui me reste.
Alex : je ne peux pas m'y résoudre... Je ne pourrais plus jamais me regarder dans une glace si je ne tentais rien.
Lena : c'est mon choix Alex... J'aurai pu tenter quelque chose depuis longtemps, mais j'ai choisis de profiter de la vie plutôt que de me faire opérer. Je savais que ce jour arriverait. Alors s'il te plait, permets-moi de vivre les derniers moments de ma vie avec toi...
XXXXXXXXXXJe sens ma volonté faiblir. Je vais accéder à sa requête... Mon téléphone vibre dans ma poche. Pour gagner un moment de répit avant de lui donner la réponse qu'elle attend et qui va me briser, je décroche.
Alex : allo. [...] oui Sacha, je suis au courant... Elle est malade...
XXXXXXXXXXMa voix se brise, et je raccroche avant d'éteindre mon portable. Sacha a trouvé son secret grâce à son agenda, dans lequel étaient notés ses rendez-vous chez le neurologue, et se cachait une ordonnance pour son traitement. Et dire que j'ai eut cet agenda à porté de main pendant neuf jours ! Je prends Lena dans mes bras et la serre contre moi à l'étouffer.
Alex : d'accord...
XXXXXXXXXXÇa y'est je suis brisé. Mais il faut apprendre à rendre les armes. Qu'aurais-je pu faire ? Nous ne sommes pas dans un conte de fée où il suffit d'avaler un sirop et chanter « supercalifragilisticexpialidocious » pour que tout aille bien.
Lena : merci...
XXXXXXXXXXElle s'écarte doucement de moi, et me regarde à nouveau dans les yeux. Elle a perdu tout son sang froid et pleure en silence devant moi.
Lena : je t'aime... je crois que je suis tombée amoureuse de toi dès le premier jour.
Alex : moi aussi je t'aime... comme je n'ai jamais aimé quelqu'un.
XXXXXXXXXXElle se met sur la pointe des pieds et m'embrasse avec passion. C'est peut-être comme ça que notre histoire doit finir. Au milieu d'un hall bondé, plongés dans un baiser où se mêle amour et larmes. Tous les deux égarés dans une dimension entre la vie et la mort. Une fin tragique, mais une belle fin somme toute.
Comme vous l'avez surement remarqué les mots que vous avez proposés pour le défi sont en gras, soulignés et ittaliques (si avec ça vous ne les repérez pas...). Mission accomplie, pour les obligatoires en tout cas ! Je déplore, mon échec pour asténosphère, zeugma, aphasie transcorticale sensorielle et anticonstitutionnellement ... Petite précision, les mots répétés plusieurs fois ne sont soulignés (et tout le reste) qu'à une reprise !
Sinon, la prochaine suite sera là plus rapidement... elle est déjà écrite comme les deux suivantes d'ailleurs ... Motivez moi à faire la mise en page ! (oui j'aime me faire prier !)
Goodbye everybody ! See you soon !
